
Chapitre 12 : révélation(s)
J’exposai toute la situation à Karl pendant le trajet qui nous amena à « la Comedia », un restaurant Italien réputé et fréquenté par le gratin du Gotha local.
Je commandai distraitement des lasagnes classica a la bolognese.
Je touchais à peine aux plats durant tout le repas tant j’étais captivé par le récit que me déroulait avec élégance et force détails Karl.
Révélation 1 : Johanna Audiard avait un père, Peter, qui travaillait toujours pour la boite dans le cadre d’une mission secrète axée sur le micro sourcing en Amérique du Sud. La description du poste prit tout son relief avec les informations qui déboulèrent en pluie de météorites sur ma pauvre tête.
Révélation 2 : Peter Audiard et Al Barner avait été associés par le passé dans une usine en Croatie. Le premier était Directeur Opérationnel, le deuxième jeune Responsable des ressources
humaines. A la suite de multiples accidents étranges intervenus dans un contexte encore plus suspect, sept ouvriers étaient décédés. Les ouvriers en question avaient une réputation de troublions
anarchistes et violents opposés à la direction. Pour éviter tout scandale, la boite avait cédé pour presque rien les lieux à un pool d’investisseurs Anglais.Les deux comparses furent réintégrés
au siège.
Une contre-enquête sur les accidents à l’époque faisait allusion à des hypothétiques homicides au process complexe. La piste fut néanmoins abandonnée faute de preuve tangible.
Le PDG de la branche Europe de l’Est remit sa démission arguant de « difficultés personnelles ». Il se suicida six mois plus tard.
Révélation 3 : Peter Audiard et Al Barner avait une dette tacite à honorer pour s’être mutuellement couvert dans cette affaire. Peter Audiard attend en plus un retour d’ascenseur pour avoir
sacrifié sa carrière en France en s’extradant afin que la poussière retombe sur le scandale. La balle est donc dans le camp de notre Responsable des Ressources Humaines.
« Cet échange de bons procédés pourrait s’illustrer par l’appui de la candidature de Johanna pour saisir l’opportunité de ce poste à tes côtés »
CQFD.
J’étais groggy, incapable de parler face à cette logique implacable.
Karl sourit et me dit :
« Tu sais, le tableau n’est pas si noir. Tu ne risques pas ta vie. Je ne pense pas qu’ils réitèreraient les erreurs commises autrefois en te faisant chanter si tu n’accèdes pas à leur demande. »
- j’espère que tu as raison
- mais oui. Et puis, tu n’es pas seul. Nous sommes déjà 2 dans la confidence. Je peux faire sourdre une menace de représailles si on t’importune. J’ai un certain poids tu sais ?
- oui, je ne te remercierai jamais assez pour l’aide que tu m’apportes
- Dis toi que cela m’amuse aussi de gripper certains rouages et de réinstaurer une pincée de justice dans cette jungle technocratique.
Nous quittâmes les lieux abandonnant un tiramisu à moitié entamé.
Chapitre précedent
Chapitre suivant
Commenter cet article